Il y a le fleuve. Il coule. Lui est débout, à côté de moi. Je le regarde. Il ne dit rien. Il regarde au loin. Là où le fleuve se perd dans la vallée, en amont.
J’aurais voulu lui prendre la main. Je ne l’ai jamais fait. Tant de fois j’ai rêvé de cette main toute proche dont je ne connais même pas la sensation sur ma peau. Mais je l’ai regardée. C’est une main qui écrit, une main qui rêve. C’est une main fine, pâle et triste.
Nous marchons le long du fleuve. Le soleil de cette fin d’hiver nous remplit de lumière. Il se tait. Je me tais aussi. Il a besoin de marcher. Il ne sait pas que je me raconte une histoire.
Je me raconte l’histoire de notre amour qui n’existe pas.
Car, au lieu de nous quitter sans mot dire, dans un baiser distant, nous rentrons chez lui. La porte fermée, ses mains s’animent et me cherchent, sous mes vêtements. Sa bouche me prend, fiévreuse, gourmande. Et je m’offre à debout à ses caresses, à peine déshabillée, les joues encore glacées par le vent du fleuve. Dans la chambre, enfin, nos corps nus s’embrasent de s’être trop désirés. Il y a le fleuve. Il coule. Entre les berges de nos corps apaisés. Et le sommeil viendra, lentement.
Mais il rentre tout seul. Seul encore de n’avoir pas osé. Pas voulu. Trop pensé. Ce ne sera pas demain, ni plus tard, ni jamais. Nous resterons ainsi, proches et lointains à la fois dans un silence symétrique.
Je rentre seule aussi. J’ai cessé depuis longtemps de pleurer le manque de lui. Il a voulu m’éloigner, souvent. Je suis partie pour ne pas avoir mal. Je suis revenue, toujours. Si ma vie est ailleurs, mon amour est intact.
Mais il me semble voir encore, très loin, tout au fond de ses yeux, une vague lueur, une fugitive tendresse dans laquelle je me perds un instant, rêveuse, encore, de ce qui n’a pas été. Et ne sera jamais.
jeudi 12 février 2009
samedi 6 décembre 2008
Regrets éparpillés
La vie m'a éloignée du fleuve.
Pourtant, à chaque fois que j'y reviens,
une bouffée de tristesse et de douceur
m'envahit.
Je dois repartir et je voudrais rester un peu,
le temps de croiser ce regard familier
et distant.
Il ne dit rien mais je crois deviner.
Je voudrais m'arrêter,
écouter ce qu'il ne me dit plus.
Mais le temps a passé.
Ma muse est devenue fantôme.
Les souvenirs pâlissent.
Mon amour est intact pourtant.
Même si ma vie est ailleurs.
Peut-être. Peut-être pas.
On dirait que le fleuve traverse un champ de ruines...
samedi 23 août 2008
Vous m'avez dit

(Pour Gilles)
Vous m'avez dit, tel soir, des paroles si belles
Que sans doute les fleurs, qui se penchaient vers nous,
Soudain nous ont aimés et que l'une d'entre elles,
Pour nous toucher tous deux, tomba sur nos genoux.
Vous me parliez des temps prochains où nos années,
Comme des fruits trop mûrs, se laisseraient cueillir ;
Comment éclaterait le glas des destinées,
Comment on s'aimerait, en se sentant vieillir.
Votre voix m'enlaçait comme une chère étreinte,
Et votre coeur brûlait si tranquillement beau
Qu'en ce moment, j'aurais pu voir s'ouvrir sans crainte
Les tortueux chemins qui vont vers le tombeau. Emile Verhaeren, Les heures d'après-midi (1905)
lundi 18 août 2008
Je t'aime tant
Mon sombre amour d'orange amère
Ma chanson d'écluse et de vent
Mon quartier d'ombre où vient rêvant
Mourir la mer
Mon beau mois d'août dont le ciel pleut
Des étoiles sur les monts calmes
Ma songerie aux murs de palme
Où l'air est bleu
Mes bras d'or mes faibles merveilles
Renaissent ma soif et ma faim
Collier collier des soirs sans fin
Où le cœur veille
Est-ce qu'on sait ce qui se passe ?
C'est peut-être bien ce tantôt
Que l'on jettera le manteau
Dessus ma face
Coupez ma gorge et les pivoines
Vite apportez mon vin mon sang
Pour lui plaire comme en passant
Font les avoines
Il me reste si peu de temps
Pour aller au bout de moi-même
Et pour crier Dieu que je t'aime
Je t'aime tant, je t'aime tant
Louis Aragon
dimanche 3 août 2008
Merci
Merci au passant fidèle qui vient presque tous les jours du nord de ce petit royaume prendre des nouvelles de Myrtille. Il a choisi de rester dans l'ombre et c'est évidemment son droit. Mais Myrtille est curieuse...
Ecueils

Je voudrais croire
Je voudrais rêver
Ecrire cette histoire
L’empêcher de couler
Mais mes rêves se brisent
Sur les écueils de toujours
Lui au fond de moi
Son corps seulement
Si familier et si lointain
Instants volés
A son autre vie
A son autre femme
Je ne demande plus
Je prends parfois
Mais refuse souvent
Engourdie, malmenée
Mirages incertains
D'un instant d'abandon
D'un carré de soleil
Echappé des nuages
Mais le temps surtout
Le temps de penser
Le temps de rêver
A d’autres rivages
A d’autres voyages
Au bord du vide
De cette nuit sans rêve
Je me retourne sans cesse
Sur le voile de ma vie
Une nuit sans lune
Un ciel sans étoiles
Un amour sans rêve
Une vie sans toi
Je ne peux pas
Ta voix me guide
De plus en plus lointaine
C'est la distance hélas
Qui la rend plus douce.
mercredi 16 juillet 2008
Tous les hommes sont menteurs, inconstants, faux, bavards, hypocrites, orgueilleux et lâches, méprisables et sensuels; toutes les femmes sont perfides, artificieuses, vaniteuses, curieuses et dépravées; le monde n'est qu'un égout sans fond où les phoques les plus informes rampent et se tordent sur des montagnes de fange; mais il y a au monde une chose sainte et sublime, c'est l'union de deux de ces êtres si imparfaits et si affreux. On est souvent trompé en amour, souvent blessé et souvent malheureux; mais on aime, et quand on est sur le bord de sa tombe, on se retourne pour regarder en arrière; et on se dit: "J'ai souffert souvent, je me suis trompé quelquefois, mais j'ai aimé. C'est moi qui ai vécu, et non pas un être factice créé par mon orgueil et mon ennui."
Perdican dans "On ne badine pas avec l'amour"
Alfred de Musset (1834) Acte II Scène V
Alfred de Musset (1834) Acte II Scène V
samedi 28 juin 2008
Comme une étoile au fond d'un trou...

(…)
Tout se perd et rien ne vous touche
Ni mes paroles ni mes mains
Et vous passez votre chemin
Sans savoir ce que dit ma bouche
Votre enfer est pourtant le mien
Nous vivons sous le même règne
Et lorsque vous saignez je saigne
Et je meurs dans vos mêmes liens
Quelle heure est-il quel temps fait-il
J'aurais tant aimé cependant
Gagner pour vous pour moi perdant
Avoir été peut-être utile
C'est un rêve modeste et fou
Il aurait mieux valu le taire
Vous me mettrez avec en terre
Comme une étoile au fond d'un trou
Extrait de “les poètes” Louis Aragon
mardi 17 juin 2008
Sous la lune noire
Sous la lune noire de mes amours déchues
ce qui n’a pas été ou peut-être si peu
était enterré là sous un amas d’ordures.
Oubliée du monde et du regard des hommes
je marche sans effort jusqu’au bout de ma vie
je n’ai plus rien à perdre ni plus rien à gagner.
Notre histoire a fini sans avoir commencé
et mon amour vivra même dans le coeur éteint
de ce corps qu’on brûlera sous la coupole cuivrée.
jeudi 12 juin 2008
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